2016年7月22日金曜日

Fabuleux destin de mes boussoles dans les Alpes

昨日の記事の仏語ヴァージョンです

 Le mardi 19 j’ai reçu un mail d’un inconnu à propos du travail d’installation que j’ai réalisé en 2009 dans les Alpes. Il a écrit comme le suivant (extrait):




(…)  making some searches in Google Earth I saw in Panoramio one of your realisation made in 2009 in the Vallée of Ubaye in the french Alpes mountains and call:  DE(S)BOUSSOLES >>> http://www.panoramio.com/photo/24603920



It seems that you have made this masterpiece in situ using already existing holes. In fact it's a question that have its importance to me as I'm searching a specific place in the Alps at the same place (Vallée de l'Ubaye) where in 1939 a Company of foreign workers (all Spanish republicans) have stayed, in this company were my uncle and my grandfather.



I join a drawing that my uncle did at this time showing the place of circular tents used by these workers (that were depending of the French army)

It fits perfectly with your masterpiece.



Can you kindly confirm me that assumption. It will great that a piece of land art have revealed a place where men have stayed more than 70 years ago.

It could be for me, my family and the family of people that were here and knew a tragic destiny (most of them, my grand father included, were deported during war and died in nazis concentration camps) a place where we could remember our beloved people (…) .



En fait on m’avais dit que c’était un site de campement militaire, je ne savais rien de plus. Par ailleurs l’emplacement des tentes dans le dessin de son grand-père correspond bien à celui de mes boussoles.

  

Suite de ma réponse, j’ai reçu tout de suite un nouveau courriel très touchant. Comme j’ai ressenti pratiquement le même étonnement, je cite son écrit de nouveau: 



(…) C'est donc bien sur l'emplacement du camps de tentes de 1939 que vous avez réalisé votre œuvre. C'est extraordinaire et ce pour plusieurs raisons.



Primo vous avez, sans le vouloir, redonné vie à un site oublié, deuxio son nom: Déboussolés. Ces espagnols qui fuyaient un conflit (la guerre civile) et qui allaient être pris au piège d'un autre (la guerre 40/45)étaient vraiment déboussolés, sans perspectives aucunes, face à l'incertitude, ballottés au gré des événements qu'ils ne pouvaient ni appréhender, ni contrôler.



Votre œuvre en ce sens résonne doublement, par sa réalisation en un lieu chargé d'une histoire personnelle et collective (et qui maintenant perdure et peut être vue et touchée) et par le nom prophétique que vous lui avez donné (…)



En fait une chose trahit sa pensée : Mon installation a caractère temporaire, les pierres sont seulement posées donc elles ne sont pas fixées. Etant donné le climat rigoureux de la haute montagne, j'ai bien peur que les aiguilles de mes boussoles ne gardent plus leur forme linéaire maintenant.. 
Je lui en ai parlé et je lui ai dit aussi mon intention d'écrire un article citant largement les  correspondances.
 
En réponse, il m’a envoyé un texte suivant à la fois plus précis et poétique. Il donnerait à moi aussi bien qu'à vous les lecteurs de ce blog, de l'information plus complète  :


(…) En Février 1939 mon grand père, ma grand mère et leurs 7 enfants passent la frontière. Ils fuient la guerre civile en Espagne sans réels espoirs de retour. Engagé politiquement pour la république mon grand père sait que c'est la mort qui l'attends s'il retourne en Espagne. avec lui c'est un peu plus de 500 000 personnes qui entre février et mars 1939 franchissent la frontière, hommes, femmes, enfants, civils et militaires, toute classes sociales confondues, et toutes appartenances politique (de gauche) aussi. Les autorités Françaises pourtant prévenues, sont totalement débordées. Elles séparent les hommes de leurs familles et les parquent(il n'y a pas d'autres mots) dans des conditions épouvantables et en plein hiver, dans des camps de concentration (au sens littéral du terme). Mon grand père et mon oncle atterriront à Argelès sur Mer.



Voyant qu'ils ne pourraient renvoyer chez eux toute cette population, le gouvernement décidera de la création des Compagnie de Travailleurs Étrangers (au début on dira Espagnols) pour vider les camps et faire participer tous les hommes valides à l'effort de guerre qui se prépare (c'est la "drôle de guerre", on est mobilisé des 2 côtés de la frontière franco allemande (et franco-italienne) il y a quelques tirs de manœuvres mais pas de guerre au sens strict du terme). Sous la promesse (fallacieuse) de rejoindre bientôt leur famille, mon oncle et mon grand père s’enrôlent dans la 11e C.T.E. Sous le commandement de militaires français (et surveillés par une vingtaine de gardes mobiles), pour une solde dérisoire, ils partent d'abord dans les Alpes pour rénover la route stratégique du Parpaillon. C'est là qu'ils établissent leurs camps de tentes de toile circulaires (dite "marabout") et c'est là que vous avez décidé de créer une œuvre de land art.



Les compagnies ont voyagés sur une bonne partie du territoire, pour échouer dans l'est et le nord de la France alors que les rumeurs sur une guerre prochaine se faisaient de plus en plus pressantes. L'administratif passait au second plan même si, rigueur militaire oblige, des listes des rapports, des lettres ont été échangés et se trouvent dans des archives personnelles, administratives ou militaires.



En allant sur internet j'ai vu pas mal de demandes émanant de personnes recherchant, des indices sur le parcours d'un proche en France dans ces compagnies. On sait quand les gens sont arrivés et dans quelles conditions, on sait quand ils ont été fait prisonniers et quand et comment ils sont morts. En effet lors de l'invasion allemande, ces compagnies qui étaient proches des zones de combats, ont été faire prisonnières. Aprés avoir séjournées dans des camps de prisonniers et sous les conseils de Franco, les espagnols, ont été séparés des autres et furent envoyés majoritairement au camp de concentration de Mauthausen en Autriche pour y être exterminés. C'est là que mon grand père et un bon nombre des compagnons de la 11e CTE moururent.



Je suis en train de rechercher les noms des 200 hommes qui composaient la 11eme CTE, je n'en ai trouvé que 80. Il est très difficile de mettre la main sur des listes nominatives, mais j'ai décidé de m'atteler à la tache et essayer de retrouver tous les noms de toutes les CTE. Le résultat se trouve ici >>> http://cartasdelexilio.free.fr/cte_fr.html avec quelques 2700 noms sur 54 000 environ. Un ami catalan espagnol m'aide dans ces recherches. Son arrière grand-père faisait partie de la 11e CTE, a pu s'enfuir avant que les allemands ne le prennent et avait vécu en France jusqu’à sa mort dans les années 50. Il avait coupé les ponts avec sa famille restée en Espagne, sûrement de peur des représailles qu'ils auraient à subir et son arrière petit fils (mon ami) ne savait pas ou il était enterré. Il m'a demandé de l'aide et nous avons mis 3 ans avant de localiser sa tombe à Pamier dans l'Ariège. C'est lui qui a identifié sur Google Earth le lieu ou le camps de toile était, pour information une association qui a édité un livret sur ces espagnols en vallée d'Ubaye et qui savait ou était le camp, ignorait totalement l'existence de ces cercles.



Il ne reste rien de mon grand-père, ses cendres ont été dispersées dans un endroit froid d'Autriche, j'ai quelques photos, des copies de lettres, des récits de mon père et de mes oncles et tantes et ceux de ces compagnons que nous retrouvons, des photos encore, d'autres lettres, des cartes postales, mais aussi es rapports des plans militaires. Il me plaît de croire que ces hommes qui ne sont plus que des chiffres et des statistiques dans des livres ou des thèses universitaires reprennent grâce à ce simple travail de mémoire, un peu de chair et de sang, de vie. des jours ou ils étaient encore des hommes et traités comme tels. La vie au camps était dure mais personne ne fut tué ou torturé. Ils mangeaient à leur fins mais le mal du pays, l’éloignement de leurs proches  et l'incertitude de leur situation comme de la situation du pays ou ils se trouvaient les rendaient profondément malheureux et troublés. C'est là ou le terme: "Déboussolés" que vous avez choisi pour votre œuvre résonne (qu'est ce qui vous a inspiré ce mot?) car ils était pour le coup vraiment déboussolés, dans une contrée ou il ne connaissait ni la langue, ni les us et coutumes, un peu prisonniers à l’écart de la population locale qui ne les voyaient pas d'un très bon œil, et ballottés au gré d'une situation ou faute de communication ils ne pouvait percevoir, à grand peine, que des échos effrayants. Déboussolés.



Votre travail a caractère temporaire, est toujours visibles sur la toile, les pierres même seulement posés donc restent là, elles s'effaceront avec le temps mais pour l'instant ces cercles de mémoire existent. Ils racontent une histoire à ceux qui veulent bien regarder, écouter et comprendre. Ils racontent des rêves inachevés, des joies et des peines, le bonheur et le malheur, la vie en somme. Un artiste est un chaman, il doit travailler avec des forces qui le dépasse (et il en a conscience)  et il trouve sans les cherche des "passages", des "correspondances" qui vont d'une réalité à une autre, que cette dernière soit physique, spirituelle, graphique et j'en passe. Vous avez trouvé ce lien entre ce lieu et les gens qui un jour y demeurèrent un temps. Dans la deuxième tente de la cinquième section vécurent mon oncle, mon grand père et six de leurs amis. Dans les autres leurs compagnons.



Si les esprits hantent les lieux où ils furent un temps vivants, il me semble logique qu'il doivent être encore là, au camps B du Parpaillon, près du ruisseau à regarder ce paysage grandiose. Puissent les boussoles que vous avez crée leur indiquer un chemin, quel qu'il soit, pour les aider à rentrer chez eux et rejoindre les leurs (…)


Finalement, le fait que mes boussoles déboussolées ont su indiquer exactement l’endroit recherché par mon correspondant m'émerveille ! .


Les pages-web concernées :



 

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